• Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, tome 14, Le Prince de Cochinchine ; Jean-François Parot

    «  Le mal contre le mal était-il la seule solution acceptable ? »

    Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, tome 14, Le Prince de Cochinchine ; Jean-François Parot

     

    Publié en 2017

    Editions JC Lattès 

    442 pages 

    Quatorzième tome de la saga Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet

     

    Résumé :

    1787. Nicolas Le Floch, en Bretagne pour la naissance de son petit-fils, fait l'objet d'un attentat. C'est le début d'une nouvelle enquête au cours de laquelle il va retrouver son ami de jeunesse Pigneau de Behaine, évêque d'Adran, venu négocier un traité entre le roi de Cochinchine et la France. 
    Dans un pays épuisé par le déficit grandissant et la faiblesse de Louis XVI, des ennemis extérieurs soutenus par des complots intérieurs vont se mettre en travers des intérêts du royaume. Le commissaire aux affaires extraordinaires va se jeter dans une quête périlleuse qui le conduira à la Bastille. 
    Il devra aussi affronter la Triade, secte orientale liée aux adversaires du roi de Cochinchine et du jeune prince Canh, héritier du royaume d'Annam. Le héros des Lumières sera aidé par un étrange érudit jésuite, éclairé par Restif de la Bretonne et croisera Olympe de Gouges. 
    Ainsi, une nouvelle fois Nicolas Le Floch se trouve au centre d'une intrigue haletante qui mélange les affaires d'Etat et un cas criminel. 

    Ma Note : ★★★★★★★★★★ 

    Mon Avis :

    C'est avec une émotion indicible que j'ai refermé cet ultime tome des Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet. En effet, ce quatorzième tome, sorti en octobre 2017, sera le tout dernier puisque malheureusement, l'auteur, Jean-François Parot est décédé en mai dernier. C'est une disparition qui a touché bon nombre de lecteurs, très tristes de voir partir un peu de Nicolas avec son auteur. Il n'y aura pas d'autres tomes et beaucoup d'entre nous resteront donc avec leurs questions et notamment la plus lancinante depuis quelques tomes : comment Nicolas aurait-il abordé la Révolution, qui se profile dangereusement à l'horizon ? Car depuis 1785 et l'affaire du Collier, la monarchie française tombe de Charybde en Scylla et n'a jamais été aussi fragile, la reine décriée, l'héritier du trône malade, le roi, indécis et mal conseillé...
    Dans ce quatorzième tome, l'intrigue démarre à l'automne 1787, un peu moins de deux ans avant la réunion des Etats Généraux et la prise de la Bastille. Si la monarchie vacille déjà un peu et que la banqueroute menace, elle tient encore tant bien que mal. En septembre de cette année-là, Nicolas se trouve en Bretagne, sur ses terres natales de Ranreuil, pour assister à la naissance de son petit-fils, le fils de Louis. Alors qu'il se promène sur la plage, il est victime d'un attentat et une balle le manque de peu. Revenu à Paris, il va devoir faire la lumière sur cet attentat, qui s'est réitéré sur le chemin du retour et découvrir pourquoi son agresseur avait dans sa poche un message écrit en idéogrammes. En idéogrammes ? C'est pour le moins surprenant en France à cette époque-là et pourtant, Jean-François Parot, fin connaisseur de l'époque -il a été diplomate mais aussi historien- se fonde là sur un événement avéré et tout à fait authentique : l'arrivée dans le royaume, en vue d'un traité, de l'évêque d'Adran, Mgr Pigneau de Behaine, avec toute une délégation cochinchinoise et un petit prince asiatique, Canh -c'est le petit garçon que l'on peut voir sur la couverture du roman-, fils du prince Nguyễn Ánh, qui réunifiera l'Annam, futur Vietnam, sous son autorité, au début du XIXème siècle. Le petit prince, né en 1780, est aussi un personnage historique, tout comme l'évêque d'Adran. Originaire d'Origny-en-Thériache, dans l'actuel département de l'Aisne, Pierre Pigneau de Behaine, déjà croisé précédemment dans Les Enquêtes de Nicolas Le Floch est un prêtre missionnaire des Missions Etrangères de Paris. Par la suite évêque d'Adran, il sera aussi diplomate et jouera d'ailleurs un rôle important dans les premiers rapprochements entre la France et le futur Vietnam. En février 1787, il débarque à Lorient avec une suite nombreuse, le sceau et le petit prince Canh, qui paraphera, au nom de son père, un traité signé entre la France et l'Annam. La France s'engage à aider Nguyễn Ánh à remonter sur le trône -il faut savoir que la situation en Cochinchine à l'époque était très compliquée et agitée par une guerre civile violente-, et en échange, elle obtient le port de Tourane, l'île de Poulo Condor et surtout le commerce exclusif avec la France. Pigneau repart le 27 décembre 1787 avec le jeune prince et huit missionnaires.
    Pour la petite anecdote, le corps de l'évêque Pigneau de Behaine, mort en 1799 est exhumé en 1983 et rapatrié en France par les soins du consul général de France en poste à Saïgon, un certain... Jean-François Parot, qui s'occupera de faire ramener les cendres de l'évêque d'Adran -actuellement une partie repose rue du Bac à Paris et l'autre dans l'église de son village natal.
    On peut donc dire que c'est à partir du destin d'un personnage qu'il connaissait bien que Jean-François Parot a brodé l'intrigue de son quatorzième roman, entre signature périlleuse d'un traité, menées étrangères et situation intérieure compliquée. Encore une fois, Nicolas Le Floch va devoir lever le voile sur une intrigue pour le moins compliquée et « environnée de ténèbres », selon une expression chère à Sartine.
    Comme d'habitude, je me suis sentie un peu perdue au milieu du roman, quand l'intrigue s'embrouille avec malice pour nous perdre encore plus aisément. Si, dans les premières enquêtes, j'essayais de comprendre à toute force, j'ai vite abandonné, prenant le parti d'attendre la fin, quand Nicolas et Bourdeau font enfin la lumière et que tous les événements s'imbriquent alors d'eux-mêmes. Et comme d'habitude, Jean-François Parot nous régale d'un petit aspect culinaire des plus agréables... même si cela peut surprendre de prime abord, au final, on les attend de pied ferme, ces recettes et ces scènes de repas interminables bien dignes de la culture française ! 

    Image illustrative de l’article Pierre Pigneau de Behaine

    L'évêque d'Adran, Pierre Pigneau de Behaine par Maurépin (XVIIIème siècle)


    J'ai toujours été admirative de Parot, qui avait le don d'échafauder des intrigues ultra complexes mais toujours pleines de logique et cohérente. Et il réussissait la prouesse de les insérer parfaitement à un contexte historique bien restitué, voire à des événements authentiques comme c'est le cas ici, puisque, à l'automne 1787, l'évêque d'Adran, installé aux Missions Etrangères à Paris, négocie ce fameux traité, qui sera finalement paraphé officiellement le 28 novembre.
    En quelques semaines, nos enquêteurs se retrouvent soudain submergés de cadavres, Nicolas est embastillé, avant d'être libéré puis retenu en otage, les policiers du Châtelet vont se trouver confrontés à des agents doubles et parfois même triples et, pour couronner le tout, le sceau de Cochinchine, sésame royal indispensable pour ratifier le traité, disparaît des Missions Etrangères, tandis que le prince Canh est menacé d'enlèvement ! Et qu'en est-il de cet homme étrange qui a escorté Nicolas de Bretagne à Paris et dont la mission pourrait être beaucoup moins clair que ce qui apparaissait de prime abord ?
    Ce quatorzième tome m'a beaucoup plu, peut-être parce qu'il nous dépayse un peu, bien que se passant essentiellement à Paris, le théâtre habituel des opérations de Nicolas et de ses agents, mais l'auteur introduit subtilement la géopolitique d'un lointain royaume d'Asie et, pour une époque qui se piquait de chinoiserie, c'est finalement parfaitement bien choisi.
    Je termine finalement ce tout dernier volume avec l'impression que l'auteur, peut-être, avait déjà prévu que ce serait le dernier... Si Parot était encore de ce monde, se serait-il lancé dans la rédaction d'autres tomes ? Peut-être mais, au cours de ma lecture, j'ai eu l'intuition de plus en plus tenace que Le Prince de Cochinchine était un point final. Nos héros vieillissent, tout doucement. Nicolas franchit le cap de la maturité en devenant, à près de cinquante ans, grand-père. Une nouvelle génération se profile tout doucement, en même temps qu'un avenir des plus sombres... Evidemment que je me suis demandé et c'est bien légitime, comment Nicolas aurait abordé la Révolution française. Comment, fidèle soutien de la monarchie, aurait-il pris la totale remise en cause d'un régime pluriséculaire auquel, les lecteurs assidus de la saga le savent bien, il est attaché par des liens très étroits ? Comment cela aurait-il agi sur ses relations avec son adjoint et ami Bourdeau qui, issu du peuple, tient des propos de plus en plus séditieux et amers contre la monarchie, depuis plusieurs tomes déjà ? Car si Nicolas a été élevé modestement par le chanoine Le Floch, il n'en reste pas moins un noble, descendant d'une longue lignée bretonne, celle des Ranreuil, qui s'est toujours distinguée au service du pouvoir royal. Dans ce tome-là, d'ailleurs, on sent bien le tiraillement de notre commissaire, entre la loyauté qu'il doit à son sang et à celui de ses ancêtres et la lucidité qui est la sienne... Tiraillé entre la noblesse, qu'il porte dans ses veines et le peuple, dans lequel il a été élevé, spectateur des misères grandissantes des Français en cette fin des années 1780, assistant impuissant au sabordage de la monarchie française par la faiblesse d'un roi indécis et par des ministres incompétents, Nicolas, dans cet opus, est assailli de toutes parts par des questionnements de plus en plus présents et que l'on peut comprendre légitimement. Sachant ce qui va arriver dans les années qui vont suivre, on peut supposer que les événements auraient mis à mal ses relations avec Bourdeau, auraient peut-être menacé sa famille et notamment son fils Louis, au service du comte de Provence, ainsi qu'Aimée d'Arranet, avec laquelle il entretient depuis un moment une douce relation et qui fait partie de la maison de Madame Elisabeth, la sœur de Louis XVI.
    Donc, finalement, même si j'ai été très émue de tourner la dernière page du roman et de me dire que je ne rencontrerai jamais plus ces personnages que je retrouvais à chaque roman comme de vieux amis, cette émotion bien normale a été tempérée par un sentiment de soulagement : la saga se termine à temps et cela laisse finalement au lecteur la possibilité d'imaginer la suite. Pour ma part, j'aurais croisé les doigts pour que Nicolas et les siens traversent la période révolutionnaire sans encombres mais peut-être cela ne se serait-il pas fait sans deuils, séparations et autres horreurs...Peut-être même que Nicolas n'aurait plus été policier et alors, la saga se serait peut-être arrêtée d'elle-même...Tout cela reste dans le domaine des possibles mais ne se concrétisera pas. Jean-François Parot nous manquera et son personnage aussi. Ils sont rares les auteurs qui parviennent ainsi à nous entourer d'un cocon réconfortant et presque familial. Ils sont rares les auteurs qui restituent aussi bien et font revivre l'Histoire, avec un tel amour, comme lui l'a fait pendant des années. Je lui avais déjà rendu hommage en mai dernier mais je profite de cette chronique pour le réitérer : Jean-François Parot fait partie de ces auteurs qui manqueront à la littérature française contemporaine, indéniablement. Et, au passage, si vous n'avez pas encore lu un seul tome des Enquêtes de Nicolas Le Floch, c'est le moment de vous lancer. Amateurs de romans policiers et d'Histoire de France, vous ne serez pas déçus, je peux vous l'assurer.

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    En Bref : 

    Les + : retrouver des personnages attachants et un univers familier et réconfortant est toujours plaisant pour un lecteur. Quand c'est en plus très bien écrit, que demander de plus ? 
    Les - : 
    pas vraiment de points négatifs à soulever. La saga se termine bien et sur un opus vraiment bien maîtrisé.


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  • Commentaires

    1
    Kat
    Mercredi 13 Mars à 18:20

    C'est également avec beaucoup d'émotion que j'ai terminé cette saga,et mon emotion a été d'autant plus forte lorsque j'ai appris quelques jours après avoir terminé le livre que Jean François Parot était décédé;

    les dernieres lignes sont très touchantes car j'ai eu moi aussi l'impression que c'était le point final de cette série;tout me manquera dans cette saga!les personnages ,les descriptions des diners,les discussions avec Noblecourt,l'ambiance de Paris...

    Bon heureusement,il me reste quelques romans historiques dans ma pal !

    Bonnes lectures

      • Mercredi 13 Mars à 18:34

        Oh oui j'imagine ta tristesse... cry Je l'ai appris via l'article d'une autre blogueuse fan de Nicolas comme moi et j'avais été très triste... J'aime beaucoup d'autres auteurs et j'avais été touchée par le décès de Juliette Benzoni il y'a trois ans mais en ce qui concerne Parot, j'ai vraiment eu envie de lui rendre hommage et de lui dire merci... Comme je le dis dans ma chronique, dès auteurs comme cela, il y'en a peu... 

         

        C'est intéressant ce que tu me dis concernant la fin du roman... j'ai vraiment eu le même sentiment : je me demande si Parot n'avait pas envisagé de s'arrêter là... Je me demande s'il n'avait pas déjà prévu de ne pas traiter la Révolution dans sa saga ce qui, au final, est assez logique. Cela aurait créé une césure vraiment brutale et je pense que ça aurait été très compliqué pour l'auteur de faire évoluer ses personnages en pleine tourmente révolutionnaire. Le Prince de Cochinchine achève bien cette saga. On s'arrête à la frontière d'une époque bien trouble : libre à nous d'imaginer ce qui pourrait se passer... happy

         

        Je te souhaite aussi de très bonnes lectures et merci pour ton passage ici.

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