• #31 : La duchesse de Berry (1798 - 1871)

     

    Portrait de Marie-Caroline de Berry par Lawrence (1825)

     

    La future duchesse de Berry, née princesse de Naples et de Sicile, voit le jour à Caserte, le Versailles napolitain, le 5 novembre 1798. Elle est l'aînée de François Ier, le roi des Deux-Siciles et de son épouse, Marie-Clémentine d'Autriche, la fille de Léopold II. Par cette dernière, Marie-Caroline est la petite-nièce de Marie-Antoinette. Et par son père, elle est la petite-fille de Marie-Caroline d'Autriche, la soeur de Marie-Antoinette, grand-mère dont elle portera d'ailleurs les prénoms. A ceux-ci seront rajoutés les prénoms de Fernande et de Louise. Si ses premiers prénoms rendent hommage à sa grand-mère, le prénom de Fernande lui est donné en souvenir de son grand-père, le roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles. Elle est aussi la nièce de Marie-Amélie des Deux-Siciles, épouse de Louis-Philippe d'Orléans et qui sera donc reine de France de 1830 à 1848.
    La petite Marie-Caroline va passer une grande partie de son enfance à Palerme, en Sicile. En effet, en 1799, alors qu'elle n'a que quelques mois, la famille royale doit fuir Naples en catastrophe, après l'invasion de l'armée française. C'est sur un navire dirigé par l'amiral Nelson, donc sous protection
    britannique que la famille des Deux-Siciles va se réfugier dans ses possessions insulaires pour échapper aux troupes du général Championnet. A la suite de cette invasion, une république, la République parthénopéenne est instaurée, le 21 janvier.
    En 1801, la petite fille âgée de trois ans, découvre Naples puis, en 1806, c'est de nouveau en Sicile que sa famille trouve refuge quand le royaume de Naples tombe entre les mains des troupes de Masséna. L'éducation donnée à la petite princesse est tout sauf guindée. On pourrait dire au contraire que Marie-Caroline reçoit une éducation assez libre. Elle pratique la peinture et s'éveille à la musique avec des chansons populaires en patois italien qu'on lui chante.
    C'est une toute jeune femme qui arrive finalement en France en 1816. Nous sommes au mois de mai et la petite-nièce de Marie-Antoinette a été promise à un prince français. Ce dernier, le duc de Berry, est le second fils du comte d'Artois, futur Charles X et jeune frère de l'infortuné Louis XVI. Le comte d'Artois, qui avait épousé une princesse savoyarde, Marie-Thérèse, en 1773. Alors que Louis XVI et Marie-Antoinette peinaient à donner à la Couronne un Dauphin et que l'union de leur frère, le comte de Provence avec Marie-Joséphine, la propre sœur de Marie-Thérèse, restait stérile, le comte d'Artois et son épouse se montrèrent extrêmement prolifiques et donnèrent plusieurs petits héritiers à la famille de Bourbon. Deux seulement survécurent, deux garçons : Louis-Antoine, l'aîné, qui fut titré duc d'Angoulême et devait épouser sa cousine germaine, Madame-Royale et le duc de Berry, qui naît en 1778. C'est donc cet homme, de vingt ans son aîné, qui va devenir le mari de la petite princesse napolitaine. Le mariage, dont les négociations ont été menées au nom du roi Louis XVIII par Jean Casimir de Blacas d'Aulps est finalement célébré, par procuration, dans la grande tradition d'Ancien Régime, le 14 avril 1816.
    Elle quitte les siens le mois suivant et débarque à Marseille le 30 mai. Devant d'abord subir une période de quarantaine -mesure de prévention pour garantir que la jeune femme était saine et surtout, non porteuse de la peste-, elle traverse ensuite son nouveau pays vers la capitale. Durant le voyage, elle est acclamée par le peuple. C'est finalement au château de Fontainebleau, le 15 juin, que Marie-Caroline rencontre son époux. Deux jours plus tard, leur mariage est officialisé en la cathédrale Notre-Dame de Paris. En cadeau de noces, le jeune couple reçoit notamment le palais de l'Elysée, réaménagé pour eux.
    Malgré leur différence d'âge et les liaisons que le duc de Berry avait pu entretenir avant son mariage -il avait notamment deux filles de l'une de ses maîtresses, Amy Brown-, il semble que le duc et la duchesse de Berry aient formé, sinon un couple amoureux, du moins un couple harmonieux et plutôt uni, qui s'entendait bien. Pour preuve, des extraits de leur correspondance, qui ont été retrouvés et laissent transparaître une véritable tendresse mutuelle.
    Leur union est couronnée de plusieurs naissances : quatre enfants vinrent au monde, mais les deux derniers seulement parvinrent à l'âge adulte. Louise Marie Thérèse, née en 1819 et titrée duchesse de Rosny en 1830 épousera en 1845 le duc de Parme. Et en 1820, c'est le petit duc de Bordeaux, futur comte de Chambord, qui voit le jour, sept mois après la mort de son père. Il fut d'ailleurs, pour cette raison, surnommé « l’enfant du miracle ».

    13 février 1820 - Assassinat du duc de Berry - Herodote.net

    Le 13 février 1820, le duc de Berry est mortellement touché par un coup de poignard porté par Louvel. Il meurt quelques heures plus tard : on aperçoit la duchesse son épouse à son chevet et son oncle Louis XVIII à l'arrière-plan

     
    Car, en effet, le bonheur conjugal sera de courte durée pour Marie-Caroline. Quatre ans après son union, le duc de Berry est assassiné en plein Paris. Nous sommes le 13 février 1820 et, alors qu'il sort de l'Opéra de la rue de Richelieu, le duc est poignardé par l'ouvrier Louvel. Il semblerait que l'appartenance du prince au mouvement ultra, conservateur et prônant le retour aux valeurs d'Ancien Régime -en somme, bien plus radicaux que Louis XVIII, qui avait accepté la charte et un régime constitutionnel-, ait motivé le geste de son assassin. Transporté dans une chambre du théâtre, l'état du duc de Berry est cependant désespéré et il expire le lendemain, 14 février 1820, à six heures du matin. Marie-Caroline se retrouve donc veuve. Mais elle est enceinte de deux mois et l'assassin de son époux qui voulait éteindre la race des Bourbons, a donc raté son coup puisque la duchesse donnera naissance en septembre à un petit garçon, future figure de ralliement des légitimistes.
    Après la mort de son mari, Marie-Caroline s'installe au palais des Tuileries. Plus jeune, elle avait un caractère très opposé à celui de sa belle-sœur et cousine, Madame Royale, la duchesse d'Angoulême. Marquée par les horreurs vécues pendant la Révolution, la fille de Marie-Antoinette et Louis XVI était devenue une femme désagréable, traumatisée et parfois brutale dans ses relations aux autres. Marie-Caroline, elle, était une jeune femme enjouée, peu attachée à l'étiquette, héritage peut-être de son éducation plutôt libre et sans contraintes. Elle aimait la mode et les réceptions.
    La princesse aimait aussi à s'éloigner régulièrement de la capitale. Elle eut par exemple une influence certaine dans l'engouement qui naît à cette époque pour les bains de mer, mode venue d'Angleterre et qui tend alors à se développer en France. La duchesse de Berry pratiquait volontiers cette activité à la belle saison. Elle en profitait également pour faire du tourisme et, comme son choix s'était porté sur la station balnéaire de Boulogne-sur-mer, elle alla par exemple visiter des villes voisines comme Le Havre, en juillet 1824. Marie-Caroline inaugura aussi une section du canal de la Somme, pendant l'un de ses séjours dans la région. Elle séjournera aussi à Bordeaux, ville royaliste et qui aura son importance dans la suite de ses aventures...
    En juillet 1830, les Trois-Glorieuses -immortalisées l'année suivante par Delacroix dans son monumental tableau, La Liberté Guidant le Peuple-, balayent le régime trop austère de Charles X, le beau-père de Marie-Caroline. Ce dernier avait succédé à son frère, le constitutionnel Louis XVIII, en 1824. Le roi part alors en exil et Marie-Caroline le suit, en Angleterre. Elle s'installa notamment pendant un temps à Bath puis occupa le château de Holyrood en Ecosse. Mais le but de la duchesse de Berry, c'était surtout de se faire proclamer régente au nom de son fils, le petit duc de Bordeaux. Son beau-frère et sa belle-sœur n'avaient pas eu d'enfants et avaient de toute façon abdiqué vingt minutes seulement après Charles X. Mais Marie-Caroline refusait de ne pas reconnaître son fils comme le roi de France, sous le nom de Henri V.
    La duchesse s'entoure alors de légitimistes déterminés et dévoués à sa cause et à celle de son fils. On peut penser par exemple à Ferdinand de Bertier ou encore, le duc de Blacas. Avec eux, elle définit un programme politique qui vise à la restauration de la branche aînée de la famille -c'était en effet une branche cadette, la branche d'Orléans, qui avait succédé à Charles X. La propre tante de Marie-Caroline devenait ainsi reine de France.

    Henri, comte de Chambord - Vikidia, l'encyclopédie des 8-13 ans

    Marie-Caroline de Berry en compagnie de son fils, le duc de Bordeaux futur comte de Chambord

     
    Le programme de la duchesse de Berry et de ses alliés prévoyait notamment l'élection par les contribuables de conseils municipaux, eux-mêmes chargés d'élire ensuite des conseils cantonaux. Chaque canton enverrait ensuite dans les conseils généraux des représentants qui seraient chargés d'administrer les départements, départements rassemblés ensuite en dix-huit grandes provinces. Les assemblées de ces provinces, appelées états provinciaux, siégeraient ensuite trente jours par an. Sur un plan plus national, l'édit de la duchesse de Berry et des légitimistes prévoyait deux chambres : la Chambre des pairs -distinction héréditaire-, et la Chambre des députés, nommés par les provinces. Dans ce programme, innovant à bien des égards bien que traditionaliste, tout contribuable devient, de fait, électeur et chaque électeur est éligible. Bertier décrit ainsi leur programme : « Les idées les plus larges, les plus libérales, les plus favorables au peuple et en même temps les plus conformes à la gloire et à la grandeur de la France en faisaient la base. »
    Pendant l'été 1831, Marie-Caroline se rend en Italie. Pendant ce séjour, elle reste en contact permanent avec les légitimistes. Elle retourne finalement clandestinement en France et débarque à Marseille dans la nuit du 28 au 29 avril 1832. Intrépide, la jeune femme s'attend à soulever le pays mais, au lieu des deux mille fidèles annoncés initialement, ce n'est qu'une soixante d'hommes qu'elle trouve prêts à se rallier à elle. La duchesse de Berry déchante donc une première fois et doit finalement se rendre à l'évidence ; elle qui voulait relancer les guerres de Vendée ne parvient pas à rallier la population à sa cause. L'opération échoue donc rapidement, faute de mobilisation.
    Marie-Caroline connaît alors six mois de cavale, au terme de laquelle elle échoue finalement à Nantes et trouve refuge dans la maison des demoiselles Duguigny, rue Haute-du-Château (actuelle rue Mathelin-Rodier). Elle est alors trahie par Simon Deutz. Cachée toute une nuit avec ses partisans dans un réduit situé derrière une cheminée, alors que la maison est cernée par les gendarmes, elle dut finalement sortir de sa cachette alors qu'un feu était allumé par des policiers en faction et qui menaçait donc de l'étouffer ! Marie-Caroline est donc arrêtée le 8 novembre 1832. Détenue à Blaye, en Gironde, où elle est étroitement surveillée, Marie-Caroline y accouche d'une fille, prénommée Rosalie ou, selon les sources, Anne-Maria. L'enfant naît le 10 mai 1833. A l'occasion de cette naissance, la duchesse de Berry déclare alors son mariage, contracté deux ans plus tôt avec Hector Lucchesi-Palli, duc della Grazia.
    Cependant, de nombreux doutes persistent quant à la paternité de l' « enfant de Blaye ». La petite ne vécut que six mois mais Marie-Caroline aura encore de Lucchesi-Palli quatre enfants, auxquels s'ajoutent ceux du duc de Berry. Si l'on compte ceux qui ne vécurent pas, Marie-Caroline avait mis au monde dix enfants dont elle en garda six.
    Après quelques mois de détention, Marie-Caroline est libérée et expulsée vers Palerme. Elle se vit alors tenue à l'écart de la famille royale, qui lui refusa notamment l'éducation de son fils, le jeune duc de Bordeaux. Marie-Caroline ne reverra pas la France, elle ne connaîtra pas non plus l'échec de son fils -dû en parti à son intransigeance- à rétablir la monarchie en France. Elle meurt l'année même de la chute de l'Empire, en 1870. Quelques années plus tôt, elle avait perdu, à quelques mois d'intervalle, sa fille, la duchesse de Parme et son second époux, qui l'avait d'ailleurs allègrement ruinée. Elle s'installa finalement en Autriche, où elle vécut ses dernières années. Elle partagea son existence entre Venise et le château de Brunnsee, où elle mourut finalement, quasi-aveugle et âgée, le 16 avril 1870.

     La duchesse de Berry

    Marie-Caroline de Naples à la fin de sa vie est une femme usée portant le deuil de son second mari et de sa fille Louise de Parme, disparue en 1864. Elle meurt en 1870 à l'âge de soixante-douze ans.

     

    © Le texte est de moi, je vous demanderais donc de ne pas le copier, merci.

    Pour en savoir plus : 

    La duchesse de Berry : l'oiseau rebelle des Bourbons, Laure Hillerin. Biographie. 
    La duchesse de Berry, Jean-Joël Brégeon. Biographie.
    L'été des quatre rois, Camille Pascal. Roman.
    - La duchesse de Berry : d'après des documents inédits, André Castelot. Biographie.

     

     

     


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