• « Il y'avait une certaine perversité à sculpter tant de beauté dans un matériau voué à l'anéantissement. »

    Marion des Pierres, tome 2, La Captive de l'Hiver ; Serge Brussolo

    Publié en 2001

    Editions Le Livre de Poche (collection Thriller)

    315 pages

    Second tome de la saga Marion des Pierres 

    Résumé :

    Pourquoi les Vikings ont-ils traversé les mers pour enlever Marion, l'ymagière qui sculpte des vierges de pierre au fond d'une abbaye de la côte normande? Pourquoi les guerriers de la mer sont-ils terrifiés par cette jeune femme, au point de lui emprisonner les mains dans des gantelets d'acier ?
    C'est un univers gouverné par d'étranges superstitions qui attend Marion au-delà des glaciers. Là, elle doit veiller sur les divinités du clan au péril de sa vie, et se défier des intrigues que la jalousie fait naître autour d'elle. Car certains détestent cette « sorcière » venue de France, et multiplient les complots pour ruiner son crédit. Marion triomphera-t-elle des rites barbares du peuple des neiges, ou bien finira-t-elle par succomber aux dangereux secrets qu'elle a commis l'erreur de mettre au jour ?

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après être revenue vivante du pèlerinage maudit, c'est en Normandie que Marion, la jeune ymagière talentueuse, a trouvé refuge. Elle taille désormais des vierges de pierre au cœur d'une abbaye du littoral mais la paix va être de courte durée. En effet, voilà qu'un raid viking pille la région, saccage l'abbaye et en repart avec des prisonniers, et parmi eux, Marion, qui semble être justement l'objet d'une grande convoitise de la part de ces hommes du Nord. Commence alors un long périple vers les glaces de la Scandinavie : flanquée de Svénia, née française mais capturée dès son plus jeune âge par le clan, Marion apprend peu à peu que les Vikings la prennent pour une sorcière, une magicienne qui pourrait venir à bout de tous leurs problèmes. Et ils sont tellement persuadés que ses mains sont miraculeuses qu'ils les ont enfermées dans des moufles de fer...
    Marion, au contact du clan, va peu à peu apprendre à les connaître, se familiariser aux coutumes nordiques, à la langue norroise et apprendre progressivement qu'un terrible secret pèse sur la tribu de Rök, le troublant mais non moins terrifiant chef.
    J'ai acheté La Captive de l'Hiver avant Pèlerins des Ténèbres et j'avoue m'être arrêtée rapidement au résumé : il y était question de Vikings et j'ai donc pensé tout de suite, sans forcément chercher plus loin, que ce roman se situait donc au Haut Moyen Âge, justement au temps des invasions vikings, entre les VIIème et IXème siècles. En fait, ça n'est pas du tout le cas ! Il n'y a pas plus de repères spatio-temporels dans ce tome-ci que dans le premier, hormis peut-être une référence à la Guerre de Cent Ans, ce qui nous permet donc de situer l'intrigue au milieu du XVème siècle. Du coup, j'ai été très surprise de retrouver des Vikings à cette époque-là ! En effet, quand on parle des Vikings, on pense aussitôt aux premiers siècles du Moyen Âge, on a du mal à les imaginer existant encore, tels qu'ils pouvaient être huit cents ans plus tôt, à l'aube de la Renaissance. En effet, à cette date, la plupart des tribus vikings avaient été fédérées en véritables entités politiques, en royaumes : le Danemark existait déjà depuis longtemps, au même titre que la Suède ou la Norvège. Des liens s'étaient d'ailleurs établis entre les monarques du Nord et ceux du Sud : n'aura-t-on pas, à la fin du XIIème siècle, une reine venue du Danemark ?
    Mais il existait encore des tribus, non christianisées, qui continuaient d'honorer les anciens dieux du panthéon germanique et de vivre dans des clans organisés de manière tribale. Tel est du moins le postulat de départ du roman, sans forcément qu'il y'ait de véracité historique là-dedans dans la mesure où, dès le XIème siècle déjà, on ne parle plus vraiment de Vikings. Mais l'idée que des peuplades aient résisté à la christianisation en s'arc-boutant sur des rites, des croyances et des mœurs pluri-séculaires marche bien et est exploitée avec justesse par l'auteur, même si, bien sûr, une appréhension rationnelle de l'Histoire et de la chronologie ne peut nous amener qu'à la conclusion suivante : la christianisation des pays scandinaves ayant commencé dès le Haut Moyen Âge, on peut estimer qu'au XVème siècle, malgré la résistance qui n'a certainement pas manqué d'advenir, une certaine forme d'acculturation, découlant de l'habitude et de l'imprégnation avait bien fini par se mettre en place... Quoi qu'il en soit, si Marion était arrivée dans une peuplade du Nord, christianisée, animée des meilleures intentions, aurait-on trouvé un intérêt au livre ? Certainement, non. Du coup, que l'histoire soit authentique ou non importe peu. Pour continuer à exploiter le filon fertile de la superstition et des vieilles croyances, exploitation amorcée dans Pèlerins des Ténèbres il fallait effectivement pouvoir situer l'intrigue dans une terre suffisamment lointaine de la France pour que Marion y connaisse -et nous avec-, un véritable dépaysement, assorti d'une découverte d'une culture ô combien éloignée de la sienne. L'écart peut-il en effet être plus grand que celui qui oppose l'ymagière, dont le peuple commence à se tourner vers la lumière de la Renaissance et ces tribus du Nord, qui vivent dans une nuit éternelle et adorent des Dieux aussi violents et qu'Odin ou Thor ? Car c'est en effet dans un pays où l'on évoque le Vallhala, les Valkyries et le Ragnarök -la fin du monde- à tout va qu'atterrit Marion, particulièrement secouée ! ! Et de ce fossé qui sépare les deux civilisations naît rapidement la tension qui habite tout le livre...même si l'auteur n'a aucune volonté de comparaison : les Francs ne sont pas présentés comme supérieurs aux Vikings et ceux-ci, malgré leur violence naturelle, n'en restent pas moins des hommes comme les autres, avec des croyances, des peurs, des superstitions. Il n'en sont pas moins de vraies menaces pour la jeune ymagière qui ne les comprend pas comme elle-même, en tant que sorcière, suscite la peur chez les guerriers, pourtant réputés pour n'avoir peur de rien ! C'est finalement une approche ethnologique plutôt juste, impartiale et intéressante.
    La Captive de l'Hiver reste cependant un peu en-dessous de Pèlerins des Ténèbres, bien plus effrayant. On n'est pas moins captivé dans ce second tome mais l'intrigue est moins prenante, même si elle présente des analogies avec la première. Je n'ai pas retrouvé l'ambiance angoissante et menaçante du premier tome mais j'ai aimé voyager en Scandinavie aux côtés de Marion, découvrant ces pays tellement différents du sien à travers ses propres yeux, ses propres sensations. J'ai aimé l'intrigue tournant autour de la magicienne Wanaa, la montagne et le froid ayant encore une place prépondérante dans le récit, symbolisant à nouveau l'hostilité et l'adversité pour les hommes, quels qu'ils soient. Encore une fois, j'ai apprécié le style. Il est moins question de sexe dans ce tome-là même si, pour la première fois, Marion s'éveille à un sentiment amoureux vrai et sincère et j'ai trouvé cela...rafraîchissant ! ! On finissait par s'en lasser dans le tome un ! Le personnage de Marion gagne aussi en teneur : la jeune femme, connue jusque là pour son talent de sculptrice, s'avère avoir aussi un esprit très logique d'enquêteur. 
    Même si j'ai été moins emballée que pour le premier tome, je dois avouer que La Captive de l'Hiver est un bon roman historique, atypique à bien des égards mais très agréable à lire. Cette saga fut une bonne découverte : a priori, il n'y aura pas de troisième tome, et pourtant...La Captive de l'Hiver se termine à l'aube de ce qui semble être une nouvelle vie et une nouvelle aventure pour Marion...

    En Bref :

    Les + : une plongée intéressante dans le monde des Vikings, un style qui tient toujours la route.
    Les - : une intrigue un peu moins palpitante que dans le premier tome.


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  • « Les gens d'église prétendent combattre le diable, mais ils n'existent que par lui. S'il était effectivement vaincu, ils perdraient du même coup toute raison d'exister.  »

    Marion des Pierres, tome 1, Pèlerins des Ténèbres ; Serge Brussolo

    Publié en 2003

    Editions Le Livre de Poche (collection Policier)

    286 pages

    Premier tome de la saga Marion des Pierres

    Résumé :

    Enfermé dans une cage de fer, dans les oubliettes d'une abbaye, un moine dément raconte que le pèlerinage dont il avait la charge s'est terminé en enfer. Le diable, affirme-t-il, a emporté tous ceux qui l'accompagnaient.
    Que se passe-t-il en réalité dans les montagnes où serpente l'interminable route menant aux reliques de saint Gaudémon, martyr jadis supplicié par Caligula, l'empereur fou ? Une chose est sûre, beaucoup de gens disparaissent et les sommets semblent habités par des créatures de légende qui ont fait des pèlerins leur gibier quotidien.
    Quel secret, quel complot hérétique tente-t-on de dissimuler sous le masque de la superstition ? Marion, la jeune tailleuse d'ex-voto, sera-t-elle plus chanceuse que ceux qui l'ont précédée sur les chemins du mystère... ou succombera-t-elle, à son tour, aux sortilèges du pèlerinage maudit ?

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    A la fin du Moyen Âge, quelque part dans le royaume de France -aucune information spatio-temporelle ne nous permet de nous situer exactement dans une époque et une région-, on murmure que le pèlerinage de saint Gaudémon, martyr des premiers siècles chrétiens qu'il faut aller adorer dans la montagne, est maudit. Des cohortes entières de pérégrins ont quitté la vallée pour s'enfoncer dans les brumes des montagnes sans jamais en revenir et un moine fou, revenu, lui, du fatal pèlerinage, ressasse sa terreur dans les oubliettes de l'abbaye dédiée au saint, au point d'en inquiéter les moines et le père supérieur. Et si, comme on le dit, le pèlerinage était réellement touché par une malédiction ? Et si la montagne libérait, par ses failles, le Diable et ses démons pour emporter les innocents venus prier le saint thaumaturge ? Et si, comme cela se murmure de plus en plus souvent, notamment sous l'influence de l'Inquisition, de plus en plus présente, Gaudémon n'était-il pas vraiment un saint chrétien mais rien d'autre qu'un magicien des temps anciens, adoré par des hérétiques
    Marion, qui vit dans la vallée avec ses parents, a vu sa sœur aînée, Yolande, partir et ne jamais revenir. La jeune femme avait décidé d'entamer le pèlerinage pour prier le saint de guérir leur père, qu'un bloc de pierre avait blessé aux jambes. Alors, quand le père supérieur de l'abbaye lui demande de se joindre à une prochaine cohorte souhaitant se rendre sur la tombe de saint Gaudémon et d'enquêter pour lui sur les mystères de la montagne, en partie pour faire la lumière sur la tragédie qui est arrivée à sa sœur mais aussi pour montrer à tous ces hommes qui dénigrent les femmes et les considèrent comme moins encore que des nouveau-nés, leur déniant toute intelligence, savoir-faire ou libre arbitre, elle va accepter la mission qu'on lui confie et essayer de lever le voile sur les terribles choses qui se passent dans la montagne, les pèlerins une fois perdus dans ses brumes dangereuses. Ce qu'elle va y trouver est peut-être loin d'égaler les peurs superstitieuses des habitants de la vallée, certes, mais n'en est pas moins étonnant voire terrifiant.
    Ils sont rares, les auteurs qui parviennent à donner autant de relief au Moyen Âge dans leurs romans. Serge Brussolo s'en tire avec brio et son univers, très sombre, m'a rappelé celui d'Andrea H. Japp ou encore, l'ambiance très particulière du Nom de la Rose, de Eco. On n'est bien sûr pas du tout dans la même situation, mais la terreur qui plane sur l'abbaye du Nom de la Rose, avec le sentiment d'une menace proche mais invisible mais ô combien puissante, on la retrouve aussi dans ce roman et elle finit par se communiquer au lecteur : on tourne les pages le cœur battant et la gorge serrée ! ! On n'est pas dans un huis-clos mais presque...et, paradoxalement, la sensation est provoquée justement par l'absence de murs, de limites, par l'immensité même de la montagne, qui effraie et donne, dans sa désolation, un sentiment de solitude et d'enfermement. Quant à Andrea H. Japp, j'ai fait le parallèle pour ce qui est de la noirceur, de la touffeur que l'on retrouve dans ses romans comme dans Pèlerins des Ténèbres mais aussi ce Moyen Âge superstitieux, encore empreint de sorcellerie et de croyances démoniaques qui est caractéristique des deux auteurs. Il est clair que, dans l'oeuvre de l'un comme dans l'oeuvre de l'autre, on est bien loin du Moyen Âge flamboyant et courtois de l'époque des troubadours et des cours d'amour. Mais c'est justement ça aussi qui fait tout l'intérêt du roman et captive dès le début. Au même titre que les différents protagonistes qui ont un intérêt, personnel ou plus général, à découvrir enfin ce qui se passe dans la montagne et pourquoi des centaines de pèlerins n'en sont jamais revenus et n'ont jamais été retrouvés, on veut savoir ! ! On veut enfin comprendre...et même si, lecteurs contemporains et avertis, on ne croit plus ni à la sorcellerie ni aux démons, ce côté un peu fantastique et inexplicable plaît, quoi qu'il en soit et fait palpiter !
    Certains passages sont carrément flippants, je me suis parfois surprise à être autant captivée et stressée que si la scène se déroulait devant moi, dans un film. Le suspense fait naître une angoisse latente qui fluctue au grès des pages et, en cela, j'ai retrouvé aussi un parallèle avec l'atmosphère très particulière du Chien des Baskerville, de Conan Doyle : certes, les montagnes inhospitalières de la fin du Moyen Âge n'ont rien à voir avec les plaines opulentes du Dartmoor anglais, mais il y'a, dans les deux, cette absence humaine, cette force instinctive de la nature qui nous fait sentir tout petit et le sentiment qu'à tout moment, une menace qu'on n'aurait pas soupçonnée peut nous tomber dessus sans crier gare.
    La fin est particulière, et certains lecteurs l'ont d'ailleurs trouvée un peu trop romanesque voire grotesque...pour ma part, je n'ai absolument pas ressenti cela, bien au contraire. Serge Brussolo raconte avec beaucoup de justesse -et en forçant un peu le trait, peut-être, effectivement-, ce que toute dérive sectaire peut entraîner : l'obéissance sans limite, le libre-arbitre foudroyé, la manipulation d'un seul être charismatique sur tout un groupe, l'exclusion systématique, par n'importe quel moyen, du sceptique qui menace de mettre à mal l'édifice. Pour ma part, j'ai d'ailleurs été assez fascinée par cette fin et son universalité : les sectes sont, comme bien d'autres choses, inhérentes au genre humain et ce, depuis ses débuts. Elles existaient au Moyen Âge, elles existent encore de nos jours -elles ont d'ailleurs connu une certaines recrudescence il y'a quelques dizaines d'années- et, même si on ne les appréhendait pas de la même manière à l'époque qu'aujourd'hui, les codes en sont cependant les mêmes.
    J'ai donc trouvé ce roman vraiment, vraiment captivant ! Je ne connaissais pas Brussolo, en dehors de ses romans jeunesse comme la saga des Peggy Sue, lue il y'a bien longtemps, et je dois dire que je ne suis pas déçue ! Ce Moyen Âge violent et cru, parfois repoussant, loin de me dégoûter pourtant m'a complètement happée. J'ai aimé le style juste et percutant, très dynamique et le seul bémol que je soulèverais est, finalement, l'omniprésence du sexe, l'obsession de la fornication, qui finissent par être redondants et peut-être un peu lassants. Certes, on sait aujourd'hui que le Moyen Âge, malgré le fort ascendant de la religion dans la vie de chacun, n'était pas aussi prude qu'on a bien voulu le croire. Mais certains passages un peu crus auraient pu être évités à mon sens sans rien enlever à l'intrigue.
    A part ça, j'avoue avoir été très agréablement surprise. Une bonne lecture.

    En Bref :

    Les + : une intrigue flippante mais tellement captivante, des personnages charismatiques, un style dynamique.
    Les - : des scènes crues, de sexe ou parlant de sexe qui auraient pu être évitées.  

     


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  • « Tu pleures ? C'est bien. Il faut bien que tu pleures. Il faut que quelqu'un pleure puisque moi je ne le puis... »

    La Saga des Médicis, tome 3, Lorenzo ou la Fin des Médicis ; Sarah Frydman

    Publié en 2006

    Editions Le Livre de Poche

    602 pages

    Troisième tome de la saga La Saga des Médicis 

    Résumé :

    Suite et fin de la grande saga des Médicis, dont Contessina et Le Lys de Florence, les deux premiers volumes, ont connu un très grand succès, Lorenzo met à nouveau en scène une Florence plus florissante que jamais, berceau des arts et des lettres, enviée de tous les autres Etats, où se déroulent fêtes somptueuses mais aussi conspirations de clans rivaux attisées par Rome et ses papes dépravés. Lorenzo, « le Magnifique », en est le chef, l’âme et l’intelligence, mais le destin du plus illustre des Médicis a aussi son versant sombre, fragile et tourmenté : son amour d’enfant puis d’adolescent pour Lucrezia Donati, d’une vieille famille florentine ruinée, qu’il sacrifiera pour raison d’Etat, le poursuivra toute sa vie et nourrira sa poésie.
    Sarah Frydman, dans Lorenzo ou la fin des Médicis, retrace avec passion et clairvoyance les derniers feux de cette Renaissance italienne tumultueuse et prolifique ; déjà s’annoncent l’obscurantisme et l’Inquisition avec l’entrée dans Florence du moine Savonarole.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Après s'être intéressée aux destins des premiers Médicis dans Contessina et Le Lys de Florence, Sarah Frydman s'attaque à un personnage dont l'aura a dépassé les frontières de l'Italie : il s'agit de Lorenzo, connu en France sous le nom de Laurent le Magnifique, le fils de Lucrezia Tornabuoni et Piero de Médicis, petit-fils du fameux Cosimo le Vieux, dont il a hérité bien des traits de caractère. Homme laid mais puissamment magnétique, à l'intelligence prodigieuse, philosophe dans l'âme, il est l'un des fers de lance de l'émulation artistique et culturelle qui caractérise le XVème siècle italien et, plus particulièrement, le XVème siècle florentin. Mécène de Michel-Ange et de Botticcelli, il était aussi l'ami de grands humanistes tels que Pic de la Mirandole, Marsile Ficin, digne héritier en cela des érudits qui avaient, depuis longtemps, émaillé chaque génération de la famille des Médicis. Parvenus, peut-être, détenteurs d'une fortune qui pouvait choquer, en une époque où les classes sociales avaient une importance non négligeable, même dans une république comme Florence, c'est à force de ténacité et d'intelligence, que, de marchands et de banquiers, ils ont pu se hisser sur la plus haute marche et tenir la dragée haute à des nobles de naissance mais corrompus de l'intérieur et bien plus indignes, finalement, que ces descendants de médecins dont ils portaient encore le nom, plusieurs siècles plus tard...Lorenzo de Médicis n'était pas né noble, mais ses descendantes lointaines, Catherine et Marie, seront reines de France et nos derniers souverains, au XIXème, descendaient donc, par là même, un petit peu des Médicis...et bien d'autres familles européennes ont, assurément, un peu de ce sang roturier dans leurs veines. Sang roturier peut-être, mais ô combien estimable, car il est l'incarnation même du savoir et de l'intellect, porté à son plus haut niveau. Le règne de Lorenzo de Médicis coïncide assurément avec l'âge d'or de Florence et si son grand-père en fut l'initiateur, il poursuivit son oeuvre après l'intermède rapide du règne de son père, Piero, dit Le Goutteux, qui, en mauvaise santé, délégua rapidement les affaires à ses conseillers et à son fils. Mais la fin de sa vie sera aussi parallèle au lent déclin de cette Renaissance flamboyante mais aussi rapide qu'un feu de paille et qui s'essouffle déjà dès les années 1480...ce sera l'époque de Savonarole et de ses prêches illuminés dans les églises florentines, qui succède à la tragédie qui a déjà endeuillé les Médicis, en 1478 : la conjuration des Pazzi, qui verra la mort de Giuliano, le frère de Lorenzo. Très certainement téléguidé par la sinistre Inquisition espagnole, qui se mettait dangereusement en place dans un royaume que les Rois Catholiques réunifiaient à grand peine et récupéraient, parcelle après parcelle, aux musulmans du sud, et qui menaçait l'Europe entière, le moine de Ferrare s'oppose violemment aux Médicis, taxant Lorenzo le Magnifique de tyrannie et conduira, par ses diatribes enflammées, à ces bûchers de Florence, ces bûchers des vanités qui virent flamber des trésors inestimables, tableaux, sculptures et livres qui disparurent irrévocablement, la fanatisme obscur de l'Eglise triomphant du Beau et du Savoir. Et, hasard le plus complet, Lorenzo de Médicis mourut en 1492, l'année même de la prise de Grenade et de la découverte des Amériques par Christophe Colomb, qui allait ouvrir une nouvelle page de notre ère et bouleverser le monde à jamais. Dernier représentant de l'Ancien monde, si on peut dire, Le Magnifique fermera les yeux et ne verra jamais le Nouveau qui n'aurait sûrement pas manqué d'intéresser un érudit comme lui. La Renaissance italienne, à Florence, se termine dans le chaos et dans la noirceur fanatique des moines embrigadés qui apportaient dans leur bure des relents des temps anciens, et tourne déjà les yeux vers le nord de l'Europe, vers la France, vers les Provinces-Unies, vers l'Empire, l'Angleterre, où elle va s'épanouir pendant un siècle encore, de manière différente,
    mais sans renier pour autant ses racines italiennes, tandis que la péninsule va replonger dans des spasmes politiques violents qui vont l'empêcher de se développer et de se mettre au même rang que les puissances émergentes, en ce début d'époque moderne. En cela, on peut dire effectivement qu'avec la mort de Lorenzo, c'est aussi la fin des Médicis qui s'opère.

    Lorenzo de Médicis par Girolamo Macchietti (XVIème siècle)


    Lorenzo ou la Fin des Médicis, c'est aussi, comme dans les deux premiers tomes, l'évocation d'une romance, qui sert en quelque sorte de colonne vertébrale au récit et autour de laquelle l'auteure brode ensuite une intrigue mâtinée de politique et de diplomatie. Si, dans le premier tome, nous avons vu naître l'histoire d'amour des aïeux, Cosimo et Contessina, mariés de force mais qui parvinrent, malgré une incompréhension mutuelle, à s'aimer pendant de nombreuses années, dans le second, c'est l'intrigue sentimentale de Lucrezia Tornabuoni, la propre mère de Lorenzo et de son amant le comte Vernio de Bardi, qui occupera la plus grande place. Et, dans celui-ci, Sarah Frydman nous relate les amours adolescentes de Lorenzo de Médicis avec la belle Lucrezia Donati, qu'il ne pourra épouser, pour des raisons qui le dépassent -raisons familiales, raison d'Etat-, mais qui restera à jamais son grand amour et la femme qu'il aima toute sa vie, malgré sa prestigieuse union avec une princesse romaine, riche mais sans séduction, la princesse Clarissa Orsini. Amis d'enfance, les petits Médicis et les petits Donati seront séparés, à l'âge adulte, par des antagonismes qui les dépassent, dans leur candeur juvénile, mais qui finiront par les éloigner irrévocablement. Chacun se mariera, aura des enfants de son côté, sans s'oublier pour autant. Mais l'histoire d'amour passionnée qui unit Lorenzo de Médicis à Lucrezia a été immortalisée par les mémoires que le grand homme écrivit mais aussi par les nombreux poèmes -de qualité, d'ailleurs- qu'il laissa à la postérité et qui, dans la veine de Pétrarque vantant la beauté de Laure, fêtent la beauté de Lucrezia Donati.
    Roman de qualité, avec un contexte historique bien amené mais qui présente aussi des lacunes et donc, une marge de liberté pour le romancier, que Sarah Frydman exploite avec justesse, Lorenzo ou la Fin des Médicis clôt plutôt bien la saga. Plus mélancolique, plus centré sur la réflexion intérieure et les raisonnements intimes des personnages, il préfigure, quasiment dès le début, cette fin inéluctable de la grandeur des Médicis et, avec elle, celle de Florence. Avec un peu de mélancolie, on voit disparaître les uns après les autres les personnages qui ont formé le maillon de cette chaîne solide que représentait la lignée Médicis au XVème siècle et les bouleversements qui se profilent au loin avec, dans leur sillage, une montée grandissante des périls, qui trouvera son point d'orgue dans l'assassinat horrible du plus jeune des Médicis pendant les Pâques de l'année 1478 puis la mainmise de l'Inquisition sur Florence, par le biais de Savonarole.
    Pas gênée du tout par les libertés prises par l'auteure et que j'explique un peu plus haut, je l'ai plus été par le style, un peu inégal. Certains chapitres sont bien construits, avec une réelle qualité narrative et d'autres plus lourds. De même pour les dialogues, particulièrement ciselés pour certains, avec une réflexion profonde et juste et qui font naître une véritable émotion chez le lecteur et d'autres qui m'ont un peu dérangée par leur tournure. Dommage aussi qu'il n'y ait pas de bibliographie en fin d'ouvrage ni même d'explications des parti-pris de l'auteure en fin d'ouvrage mais gros point positif, la présence dans le récit de citations historiques authentiques, d'extraits des mémoires et des poèmes de Lorenzo de Médicis qui donnent encore une autre teneur au roman.
    Finalement après une lecture en demi-teinte la première fois, j'ai beaucoup plus apprécié cette relecture. Je l'ai presque complètement découverte, ne m'en souvenant absolument pas ! ! Si les deux premiers tomes m'avaient laissé quelques souvenirs ce n'était absolument pas le cas pour cet ultime tome. Du coup je l'ai lu comme un roman que j'aurais découvert pour la première fois, en essayant au maximum d'occulter les a priori un peu négatifs qui me restait de ma première lecture, il y'a sept ans, et ça a marché. Bon, je ne vais pas vous mentir, ça n'a pas été un coup de cœur et j'ai vu quand même des petits défauts qui m'ont gênée, mais, comme pour les deux premiers tomes, j'ai un peu mieux apprécié les qualités de la saga qui contrebalancent finalement assez bien ses défauts. Un roman parfait, ça n'existe pas...ou très peu...sur un roman historique, on a les écueils réguliers de l'anachronisme, de la faute historique qui va piquer les yeux...ça arrive...ça ne veut pas dire pour autant que le roman sera nul et il aura forcément des aspects positifs qui rattraperont quelque peu les points un peu plus décevants.
    La Saga des Médicis est finalement une saga inégale mais assez positive quand même !!! Une bonne saga historique qu'on verrait bien en série ou en film, la Renaissance étant une période très visuelle et qui rend toujours bien à l'écran. Et une série sur les Médicis, ça pourrait vraiment le faire !! Finalement, ces trois romans sont intéressants, chacun à leur manière et enrichissants malgré quelques erreurs.

    En Bref :

    Les + : un roman un peu plus centré sur la politique et le contexte historique ; une réflexion humaine et universelle qui parle à tous.
    Les - : quelques anachronismes, des passages un peu lourds.


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  • « Seul l'homme civilisé peut dominer ses instincts et agir avec humanité. »

    La Saga des Médicis, tome 2, Le Lys de Florence ; Sarah Frydman

    Publié en 2005

    Editions Le Livre de Poche

    538 pages

    Deuxième tome de la saga La Saga des Médicis

    Résumé :

    Les Médicis, après leur exil à Venise, reviennent à Florence dans la liesse populaire. Cosimo, mécène libéral et généreux, est aussi un politicien et un marchand redoutable dont les alliances sont déjà internationales. Il nomme les papes, déjoue les intrigues, décide des mariages, accroît son pouvoir et agit en maître absolu.
    Face à lui, la jeune Lucrezia, le « lys de Florence », fille d’un aristocrate allié des Médicis, rêve d’amour, de bonheur et de liberté. Quel peut être le destin d’une femme, jeune, belle, intelligente et cultivée dans une cité en plein essor où le fracas des armes et des alliances politiques couvre celui des cœurs et des idéaux les plus purs ?

    Ma Note : ★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    Les années ont passé, Cosimo de Médicis et son épouse, Contessina de Bardi, ont vieilli. Cosimo a bâti un véritable empire marchand qui lui a valu les foudres de la Seigneurie et l'exil, à Venise. Mais en cette année 1434, les Médicis reviennent triomphants à Florence et Cosimo, homme politique dans l'âme, est bien décidé à faire bouger les choses et asseoir sa puissance et son influence sur la cité florentine. Leurs enfants ont grandi et l'aîné, Piero, est en âge de se marier...il a jeté les yeux sur la jolie Lucrezia Tornabuoni, fille d'un ami des Médicis, mais il se trouve que la jeune fille en aime un autre...Les jeunes générations, comme leurs parents avant elles, s'ouvrent aux sentiments, découvrent l'amour, ses joies comme ses déceptions...et les plus anciens, comme Cosimo et ses alliés, appréhendent avec inquiétude un contexte historique de plus en plus belliqueux, partout en Europe...tandis que la Guerre de Cent-Ans est en passe de se résoudre, voilà qu'un conflit de succession déchire l'Angleterre, que les villes d'Italie, en mal de suprématie, lorgnent sur leurs voisines voire cherchent à reculer de plus en plus de leurs frontières, mais surtout, et c'est plus grave, que l'Orient chrétien se trouve menacé par les Turcs qui réussiront à prendre Constantinople en 1453 et anéantiront ainsi les derniers vestiges du grand empire romain. Petites histoires privées et Grande Histoire se mêlent ainsi étroitement dans ce roman. Si l'intrigue tourne essentiellement autour du trio formé par Lucrezia Tornabuoni, promise à Piero de Médicis, ce dernier et l'amant de la jeune femme, Vernio de Bardi, le contexte politique est aussi très bien restitué. On sent que l'auteure a fait beaucoup de recherches, qu'elle s'est documentée sur la période, les implications des villes italiennes dans la politique européenne de ce XVème siècle. On se rend compte d'ailleurs qu'une vraie politique internationale existait déjà, avec des échanges réguliers entre les différents Etats et que ces échanges furent facilités par l'entregent de personnages volontaires comme Cosimo de Médicis.
    Bref, à cette relecture, des aspects très positifs du roman m'ont littéralement sauté aux yeux alors que j'étais passée à côté la première fois. Il faut dire aussi que je connais mieux le contexte historique désormais et que cela m'a peut-être plus parlé que lors de ma première lecture. J'ai aussi été séduite par la façon dont Sarah Frydman a traité l'histoire d'amour, très longue, qui a uni Lucrezia Tornabuoni au comte Vernio de Bardi. Cela n'a pas empêché qu'ils se marient avec quelqu'un d'autre, les raisons politiques et les réseaux de clientèle étant alors bien plus importants, pour nouer une union, que l'amour mutuel que se portaient les promis. C'est ainsi que la petite Tornuaboni, sacrifiée, comme ses sœurs, à l'ambition paternelle, se retrouve marié à Piero de Médicis, le fils aîné de Contessina et Cosimo, jeune homme laid et malade, qu'elle n'aimera pas vraiment, sinon comme un frère. Ils auront pourtant des enfants et parmi eux, le célèbre Lorenzo de Médicis, que l'on connaît mieux, en France, sous le nom de Laurent le Magnifique.

    Portrait de Lucrezia Tornuaboni, attribué à Domenico Ghirlandaio (XVème siècle)


    Rien, dans les rares -et édulcorées- biographies de Lucrezia Tornabuoni, que l'on peut trouver çà et là, ne mentionnent une quelconque relation d'adolescence qui se serait ensuite transformée en adultère une fois la jeune fille mariée. Maria, la petite fille née en 1440 et présentée, dans le roman, comme étant l'enfant bâtarde de Lucrezia et du comte de Bardi, reconnue de mauvaise grâce par Piero de Médicis, est aussi présentée, dans d'autres versions, comme étant justement l'enfant naturelle du père et non plus de la mère. Et pour ce qui est de sa famille, s'il est admis que ses parents sont Francesco Tornabuoni et Selvaggia Alessandri -les biographies anglophones mentionnent cependant, aussi, le nom de Nanna Guicciardini comme mère de Lucrezia- et que son frère aîné se nomme Giovanni, comme dit dans le roman, Lucrezia aurait aussi eu une sœur, Dianora, qu'on n'aperçoit pas dans le roman, puisque la fratrie est composée d'un frère, Giovanni et de trois soeurs, Lucrezia et ses aînées, Bianca et Giuseppina. Mystères, mystères...mystère aussi quand à la date de naissance réelle de Laurent le Magnifique. L'auteure, dans une note en fin d'ouvrage, mentionne que deux dates sont généralement opposées : Laurent le Magnifique serait né ainsi en 1448 ou 1449, cette dernière date étant la plus couramment admise par les historiens, mais Laurent mentionnant lui-même dans ses mémoires, la date du premier janvier 1448...l'auteure a choisi de se référer à ce texte et on peut la comprendre : comme elle le dit elle-même, il est presque certain que Laurent de Médicis connaissait mieux que les historiens sa propre date de naissance. Oui, mais...nous sommes alors au XVème siècle et le premier janvier n'était pas alors couramment adopté comme premier jour de l'année et cela ne sera effectif qu'un peu plus d'un siècle plus tard ! Et si l'on se réfère alors à la méthode de calcul alors en vigueur à Florence, l'année commençait à Pâques...ainsi, le 1448 de Laurent le Médicis, vrai pour lui, au demeurant, pourrait devenir un 1449 pour nous. Il y'aura de toute façon toujours des approximations et des hypothèses en ce qui concerne des périodes aussi anciennes, où les registres n'était pas généralisés et dont les sources qui nous sont parvenues, parfois, se contredisent. Mais le romanesque est suffisamment bien dosé pour ne pas paraître artificiel et c'est tout ce que l'on attendait. Qu'un roman historique se permette quelques petites libertés, d'autant plus quand les informations historiques sont lacunaires voire paradoxales ne me paraît pas être une grave erreur, au contraire ! 
    Revenons-en donc au roman en lui-même...outre l'histoire d'amour, centrale, entre Lucrezia et Vernio -une très jolie histoire, d'ailleurs, bien qu'il y'ait de fortes chances pour qu'elle soit fictive tout comme le personnage de Vernio-, qui conduit l'auteure à se questionner sur l'éternité, l'universalité de l'amour et les attentes que l'on nourrit bien légitimement envers elle, le contexte historique et politique est bien plus mis en avant et mis en valeur dans des dialogues ciselés et moins lourds que dans le premier tome. Il est dommage que les parties narratives aient échappé à cette amélioration et soient encore, pour certains chapitres, un peu lourdes, avec des tournures un peu trop simples. Cependant, les qualités du roman parviennent à prendre le pas sur ses défauts et le livre captive. Il avait été, sur les trois, celui qui m'avait le moins déçue lors de ma première lecture. Et, à nouveau, ce deuxième volume m'a un peu plus emballée, parce que je me suis attachée au personnage de Lucrezia, que j'ai beaucoup aimée dès le début, parce que j'ai absolument adhéré à l'histoire d'amour, passionnée et charnelle, qui l'unit à Vernio de Bardi et qui est porteuse d'un message fort et universel, qui peut parler à n'importe qui, à n'importe quelle époque et surtout, parce qu'il est un portrait relativement bien détaillé d'un contexte historique passionnant : alors que l'Italie est en pleine émulation, l'Europe, elle, se libère des guerres qui ont ensanglanté la fin du Moyen Âge mais déjà, sur son front oriental, doit affronter la menace turque de plus en plus en plus présente et puissante. La politique devient de plus en plus précise, basée sur des échanges solides entre les différentes nations, le commerce européen connaît une expansion importante...et malgré cela, dans une époque qui s'ouvre, aux progrès, à l'humanisme, à une culture antique retrouvée, l'obscurantisme n'est pas loin, le fanatisme non plus. L'Eglise défend jalousement ses prébendes en n'hésitant pas à brûler ceux qui s'opposent à elle ou lui contestent sa suprématie auto-proclamée tandis que, dans Constantinople tombée, les Italiens envoyés en émissaires, seront confrontés à la violence des Ottomans, qu'ils ne comprennent pas, car motivée par un Dieu qui leur est étranger mais que certains, déjà, s'accordent à trouver bien inepte, en regard de la solidarité, indépendante de tout précepte religieux, que l'humanité devrait chercher à mettre en oeuvre au lieu de s’entre-déchirer.
    Ce second volume de La Saga des Médicis est donc un roman complet : romance, histoire et philosophie en composent la trame avec justesse. Dommage que, parfois, le style ne suive pas et que quelques anachronismes -comme la présence de friandises au chocolat plus de cinquante avant la découverte des Amériques !- émaillent ses pages. Il s'est cependant considérablement amélioré dans ce tome-là et j'espère que cela va continuer dans le troisième et ultime tome !! 

    En Bref :

    Les + : un roman abouti, à l'intrigue bien ciselée, appuyée sur un contexte riche et intéressant, celui de la Renaissance italienne.
    Les - : quelques inégalités dans le style. 


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  • « Donnez-lui un peu de pouvoir et les moyens d'exercer ce pouvoir, et l'homme se révèle aussitôt la pire des bêtes féroces. »

    La Saga des Médicis, tome 1, Contessina ; Sarah Frydman

    Publié en 2005

    Editions Le Livre de Poche

    380 pages

    Premier tome de la saga La Saga des Médicis

     

    Résumé :

    Corruption, assassinat, pouvoir, passion : tels sont les maîtres mots de l'histoire légendaire de Cosimo de Médicis et de sa descendance. Son histoire est aussi celle de la République de Florence, de son évolution artistique, politique, industrielle et commerciale alors quelle dominait l'Europe des XIVe et XVe siècles.
    Mais, au-delà des intrigues, des alliances et des manipulations politiques, Contessina est l'histoire dun amour, celui de Cosimo pour Contessina de Bardi, la première de ces femmes hors du commun à avoir joué un rôle essentiel dans le destin des Médicis.

    Ma Note : ★★★★★★★★★★

    Mon Avis :

    En 1414, à Florence, la petite Contessina de Bardi, issue du parti des nobles, est marié à Cosimo de Médicis, un simple marchand mais dont la famille est riche, très riche et promise à une ascension rapide et imminente. Contre toute attente, la jeune fille va s'attacher à son mari, comme lui-même d'ailleurs. Ils auront des enfants et seront le terreau de cette grande famille, commerçante d'origine, qui, deux cents ans plus tard, aura donné deux reines à la France et des papes à la Chrétienté. 
    La saga des Médicis, de Sarah Frydman, court sur près de cent ans et s'achève à la fin du XVème siècle, quand les feux de la Renaissance italienne commencent déjà à ternir sous la violence des prêches du moine Savonarole...mais, au début du siècle, alors que l'Europe est encore engluée dans le Moyen Âge, que la France et l'Angleterre se déchirent, l'Italie, morcelée en diverses petites principautés, connaît déjà un souffle nouveau qui la hisse doucement au-dessus de tous ses puissants voisins. La peinture, la scultpure, l'architecture même, connaissent dans le pays un essor encore inconnu ailleurs. C'est l'époque de la construction du dôme de Santa Maria dei Fiori, par Brunelleschi. L'influence de Giotto, fameux peintre du siècle précédent, crée une sorte d'émulation qui verra naître des talents : Donatello, Michelozzo, contemporains de Cosimo de Médicis, et, plus tard, Michel-Ange, Botticceli, Masaccio, Lippi...l'Italie est en effervescence et s'apprête à diffuser sur l'Europe une vague d'humanisme qui connaîtra notamment son apogée au XVIème siècle quand les arts seront portés à leur plus suprême génie par de grands noms tels Léonard de Vinci.
    Mais au début du XVème siècle, les Médicis ne sont pas encore une grande famille qui se confond progressivement aux nobles...Non, au contraire, même...descendants de médecins -dont ils ont hérité les besants comme armoiries, censés représentés des pilules et leur nom également, Medici-, commerçants et banquiers avisés, ils n'en sont pas moins soumis aux mépris des grands de la Seigneurie, les Albizzi, les Bardi, les Cavalcanti, de noble naissance et qui considèrent les Médicis avec mépris. Le mariage même de la petite Bardi avec Cosimo est en fait une machination de sa mère, bien déterminée à se venger de la famille. Et pourtant, dans la République qu'est Florence, le parti des nobles ne pourra rien, bientôt, contre la bonne étoile qui protège les Médicis et leur permet, d'année en année, de devenir de plus en plus puissants. L'argent, plus puissant que le nom, permet aux Médicis d'acheter, de se créer une clientèle partout en Europe. Les draps se confondent avec les armes et transitent partout en Europe après avoir un temps reposé dans les comptoirs de la famille. Les Médicis sont en passe de devenir inévitables, au grand dam bien sûr, des nobles qui cherchent à les faire tomber.
    C'est cette histoire fasicnante et exceptionnelle que Sarah Frydman se propose de nous raconter dans sa trilogie. Il ne s'agit pas pour moi d'une découverte mais bien d'une relecture : j'ai lu cette saga une première fois il y'a sept ans, en 2009 et j'ai été déçue. Pour autant, parce que le contexte historique m'intéressait et que la famille des Médicis a quelque chose d'infiniment attirant, j'ai décidé de lui laisser une seconde chance et de tenter une seconde lecture. Et effectivement, en sept ans, je me rends compte que mes capacités et mes réflexes ont changé. Je ne lis plus de la même manière, mais avec beaucoup plus d'attention et de finesse, parce qu'à force de lire mais aussi de parler ensuite de mes lectures sur ce blog et de livrer ainsi mon ressenti, j'ai appris à appréhender différemment mes lectures et sous un prisme différent de celui de la simple lecture-plaisir. Bien sûr que la lecture doit être un plaisir avant tout et non pas une contrainte !! Mais il est aussi intéressant, je pense, pendant qu'on lit, de garder son esprit critique ouvert et aiguisé et de relever tout ce qui nous interpelle, que ce soit en bien ou mal.

    Cosimo de Médicis (Cosme l'Ancien) peint par Jacopo Pontormo (1518)


    La première chose qui m'a sauté aux yeux et qui m'avait plus ou moins échappé lors de ma première lecture, c'est la complexité et la profondeur de l'histoire d'amour qui unit Cosimo et Contessina, séparés pourtant par dix années, mais qui s'aimeront toute leur vie sans se l'avouer. Bien sûr, des mariages arrangés qui aboutissent à une réelle et sincère histoire d'amour, cela s'est vu au cours des siècles. Et pourtant, celle de Cosimo de Médicis et Contessina de Bardi a quelque chose de particulier, c'est que ces deux êtres s'aimeront toujours en restant persuadés chacun que l'autre ne l'aime pas ! Cosimo parce qu'il est laid et que Contessina est belle, sera toujours convaincu que son épouse n'éprouve pour lui que pitié et vivra dans la crainte constante qu'elle ne le dédaigne pour un autre et prenne un amant. Contessina, parce qu'elle admire l'esprit acéré et parfois retors mais ô combien d'aplomb de son époux, se sent moins intelligente, moins forte que lui, développe alors en quelque sorte un complexe d'infériorité qui la conduit à songer qu'un être aussi intelligent que Cosimo, qui parvient à tenir entre ses mains des personnages comme le pape ou de grands nobles européens, ne peut aimer une petite chose insignifiante comme elle, élevée à l'écart du monde dans un couvent et qui ne peut, par l'éducation qu'elle a reçue, rivaliser avec lui. Drame de ces deux êtres qui vivront des années l'un à côté de l'autre dans la souffrance de se croire mal aimés alors qu'ils sont tout pour l'autre.
    L'autre histoire d'amour, que j'avais peut-être plus perçue lors de ma première lecture mais qui était restée survolée également, c'est celle de Lorenzo, le cadet de Cosimo et de Ginevra Cavalcanti : si le drame de son aîné aura été d'être aimé de sa femme mais de se persuader qu'il ne l'est pas, celui de Lorenzo est assurément de se consumer d'amour pour une femme sotte et coquette qui ne l'aime pas et même le méprise ouvertement, parce qu'elle est bien née, et pas lui. Lorenzo de Médicis, le frère malheureux de Cosimo, personnifie en quelque sorte et en opposition à son frère, cet aspect de l'amour, destructeur et douloureux, qui existe aussi bien sûr, mais que l'on aurait tendance à occulter pour ne voir que le côte positif et heureux de l'amour. Lorenzo qui, dans son amour fou et dévorant pour une femme qui ne le mérite pas, en viendra à la haïr tout en l'aimant comme un fou.
    C'est pourquoi je ne suis pas vraiment d'accord avec les avis que j'ai lus ici ou là et qui assimilent les romances évoquées dans le roman à des romances à l'eau-de-rose type Harlequin. Elles ont une profondeur et une teneur qui les empêchent, à mon avis, de tomber dans la mièvrerie.
    Pour autant, le roman n'est pas parfait et, si je l'ai peut-être plus apprécié à sa juste valeur que la première fois, je n'ai pas été transportée par le style. Le roman est assis sur des bases solides, des recherches qui transparaissent de façon évidente au fil du récit -on sent que l'auteure s'est renseigné sur le mode de gouvernement de Florence au début du XVème siècle, sur les différentes familles qui comptaient à l'époque, les liens qui les unissaient entre elles etc...-, bien documenté, mais le style ne m'a pas vraiment séduite. J'ai cependant aimé les personnages, tous bien maîtrisés. Sarah Frydman a réussi à s'approprier des personnages historiques qui donc, par essence, ont existé. Mais les limites que ces personnages posent aux romanciers ont été aisément surmontés par l'auteure : elle parvient à les rendre étonnamment modernes, proches de nous, par leurs aspirations, leurs joies et leurs peines, tout en les inscrivant malgré tout avec justesse dans leur contexte historique.
    Enfin, le dernier bémol que je soulèverais est la chronologie plutôt confuse qui m'a un peu perdue et que je n'avais pas relevée non plus lors de ma première lecture. Eh oui, il y'a sept ans, je n'étais pas aussi attentive -on pourrait dire pointilleuse- aux petits détails...Quoi qu'il en soit, laissez-moi vous exposer un peu mon problème : l'histoire démarre en 1414 et, à cette date, Adriana de Bardi, la mère de Contessina, qui va marier sa fille, se laisse aller à des souvenirs de jeunesse...il est dit que, trente ans auparavant, elle avait quinze ans et a connu une histoire d'amour passionnelle et destructrice avec Giovanni de Médicis, son aîné de dix ans. Cela veut dire qu'en 1384, Adriana avait quatorze ou quinze ans, ce qui l'a fait naître aux alentours de 1369-1370. Giovanni de Médicis serait donc né vers 1359-1360, ce qui colle avec les dates que l'on peut trouver en faisant quelques recherches sur les Médicis. Mais en 1427, il est dit qu'Adriana a 64 ans, ce qui la ferait naître finalement en 1363...elle n'aurait donc plus dix ans d'écart avec son ancien amant mais surtout, pas quinze ans au moment de leur idylle ! ! Quant à Contessina, deux dates de naissance existent, à dix ans d'intervalle : 1390 et 1400...l'auteure a tranché et choisi la seconde. Il est vrai que pour une époque aussi lointaine, des doutes bien légitimes peuvent persister quant aux dates, notamment les dates de naissance mais, en ce qui concerne la chronologie d'Adriana de Bardi, il me semble qu'il y'a là, plus qu'un doute sur ses dates véritables, une réelle incohérence. C'est dommage, mais ce n'est pas catastrophique non plus.
    Bref, je ressors de cette lecture pas hyper séduite, pas déçue non plus, en tous cas, pas aussi déçue que la première fois. Contessina est un roman peut-être un peu inégal, avec des défauts mais aussi de vraies qualités qui compensent. Une saga historique qui déroule sous nos yeux de belles images, c'est le principal ! !

    Contessina de Bardi, par Cristofano dell'Altissimo (portrait posthume du milieu du XVIème siècle)

     

     

    En Bref :

    Les + : des personnages incisifs et bien travaillés, presque ciselés pour certains, un contexte historique riche et effervescent, bien rendu.
    Les - : un style qui, par moments, ne me séduisait pas, une chronologie un peu confuse. 


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